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Raymond Fonsèque

18 mars 2012
par

Raymond Fonsèque

UNE CONTRIBUTION RICHE ET MÉCONNUE

Michel Laplace

Raymond Fonsèque SUPERBONE, Marciac 2007, photo Lisiane Laplace

Né à Paris le 27 novembre 1930, d’un père relieur (né en 1891) et d’une mère pratiquant le piano, Raymond Fonsèque est décédé à Evreux le 19 novembre 2011.

Raymond Fonsèque a largement contribué à l’histoire du jazz en France, à celle des cuivres et de l’harmonie musicale.

Une solide formation musicale.

Raymond Fonsèque débute l’étude du piano à l’âge de six ans, à Orsay. Pendant les années de guerre, la famille Fonsèque vit repliée dans la banlieue de Bordeaux. Privé de piano, Raymond Fonsèque y étudie le violoncelle au conservatoire. En cours privés, il s’initie à l’harmonie. La guerre finie, il est de retour dans la Vallée de Chevreuse. Il joue du violoncelle dans une chorale. Il pense que c’est la pratique de cet instrument qui lui a donné l’exigence de jouer juste. Il teste pendant deux mois la trompette, puis il l’abandonne ainsi que le violoncelle au profit du trombone, à 17 ans, au sein de l’harmonie-fanfare d’Orsay. Il est autodidacte, mais il ne le restera pas. Il étudiera auprès de Gabriel Masson qui donnait des cours de trombone à la maison Selmer (la méthode Müller) et auprès de Jean Greffin (les vocalises). Roger Guérin lui a aussi donné des conseils sur la respiration diaphragmatique dans le jeu des cuivres. Nat Peck l’a également conseillé. Fin 1950 à 1952, il fait son service militaire dans le 93ème Régiment d’Infanterie à Courbevoie comme joueur de tuba. Avec d’autres militaires, il suit les cours de la classe de tuba et trombone basse de Maître Paul Bernard au Conservatoire de Paris. A cet effet, il achète un trombone basse de marque J. Gras.

Une vie au service du jazz traditionnel et d’un modernisme tempéré

En 1946, il découvre le jazz. En 1947, il assiste à son premier concert de jazz à l’Ecole Normale de Musique (Robert Mavounzy, Christian Bellest, Claude Luter). Dès lors, Raymond Fonsèque se fait vite remarquer dans l’orchestre du Hot Club de la Vallée de Chevreuse (qu’il a fondé) en compagnie des frères Lacroix, Georges (cornet) et Roger (batterie) et de Jacques Raniguet (clarinette). En 1949, Raymond Fonsèque devient professionnel et dirige son propre orchestre (Michel Plass, tp ; Jean Vueille, cl). Son talent est déjà souligné dans le no5 de La Revue du Jazz (mai 1949). En 1949 toujours, il joue à la brasserie de La Coupole à Biarritz avec Christian Chevallier (p) et son frère aîné (dm). Il interprétait à cette époque deux morceaux au saxo soprano (!) en plus de son rôle de tromboniste. Par la suite, Raymond Fonsèque s’impose comme un personnage incontournable des caves et des clubs parisiens.

Raymond Fonsèque, Orchestre Duke Ellington, 1963, collection Michel Laplace

Jusqu’en juillet 1950, il joue au Kentucky pour Robert Péguet, toujours avec Christian Chevallier, mais aussi avec Gilles Thibaut et Louis Henry à la trompette. Après l’été 1950, passé à Monte-Carlo dans l’orchestre André Réwéliotty (où il se lie d’amitié avec Marcel Bornstein, trompette), il se trouve une première fois avec Don Byas, attraction de l’orchestre Robert Péguet (au Tabou en septembre 1950). Pendant son service militaire, il continue donc ses activités et remplace Claude Gousset (parti sous les drapeaux en Allemagne) dans l’Orchestre du trompette Mickey Larché au Caveau de la Huchette (1951). Démobilisé, l’année 1952 sera chargée. Il est membre de l’Orchestre Michel Attenoux. Son association difficile avec Attenoux, lui permet d’enregistrer (chez Vogue) et de jouer au Metro Jazz (futur Trois Mailletz trois mois plus tard), lancé par Charles Delaunay et Jacques Souplet, pour le fameux trompette Peanuts Holland. Raymond Fonsèque est déjà un bon arrangeur. Ses «mini-concertos» pour trompette joués par Peanuts Holland à la salle Pleyel (le 19 décembre 1952, disque Swing M 33 311) devant un public hostile (c’était trop…moderne!), sont des bijoux.

Raymond Fonsèque passe ses étés, de 1952 (avec Nelson Williams, trompette) à 1954, avec Maxim Saury. En 1953, Raymond Fonsèque joue pour Big Bill Broonzy (au Riverside), avec Mezz Mezzrow, Buck Clayton et Maxim Saury au Vieux Colombier (et le trompette méconnu Bill Thompson, disque M.A.D. JF-CD-2056). Fin 1953 à septembre 1954, il tourne en Europe avec Lil Hardin-Armstrong et Taps Miller en compagnie des Dixie Cats d’Armand Gordon. Il joue aussi avec Sidney Bechet qui est son influence majeure en jazz (20 décembre 1953 à 24 mars 1954). Le concert donné à Bruxelles (en mars 1954) fut enregistré (labels Fat Cat et Vogue). En 1954, il passe au Bidule, avec l’Orchestre Armand Gordon qui révèle Charles Saudrais (batterie) et Jean-Claude Naude qui pratique encore la trompette en ut. On entend Naude jouer sur cette trompette en ut dans une séance de l’orchestre où Gérard Badini (cl) et Moustache Galepides (dm) sont en grande forme (16 novembre 1954, Europe Disque DM 45601).

En 1955, Raymond Fonsèque joue pour le trompettiste Maurice Emo et il fait des remplacements dans le pupitre des…cors (au trombone!) de l’orchestre de Sadi à la Rose Rouge. Il dirige aussi un quartet au Club Montpensier (François Jeanneau, sax soprano, Gaby Apayre, piano, Jean Guérin, batterie). En 1956, il déclare à la revue Jazz Hot qu’il achète des disques «de tous styles de jazz».

Non seulement tromboniste-arrangeur-chef d’orchestre, Raymond Fonsèque s’impose aussi comme tubiste. Il se partage avec Elie Raynaud toutes les affaires jazz de tubiste sur la place de Paris. Ainsi, en janvier 1956, il est le tubiste de la séance Sam Gordon & Son Ragtime Band dont il a écrit les arrangements (notamment «Little Lawrence» de Jelly Roll Morton). C’est en fait l’orchestre Armand Gordon avec Christian Guérin (tb), Gérard Badini (cl), Jean-Claude Naude et Louis Henry (tp). Cet orchestre Armand Gordon, avec une fluctuation de personnel, réalise une télévision (1957) et des 45 tours pour les labels Acropole et Polydor dont Raymond Fonsèque est l’arrangeur, et parfois tubiste ou tromboniste (1957). C’est aussi avec cet orchestre qu’il enregistre avec George Lewis une émission de radio Pour ceux qui aiment le Jazz (1957). En 1957-58, il se produit au Club des Champs-Elysées avec Francis Weiss (cl) et Raymond Le Sénéchal (p). Fin 1958, il enregistre, au tuba, des charlestons pour Claude Luter.

En 1959, Raymond Fonsèque teste une embouchure de trombone en plastique tant au sein de l’Orchestre Maurice Mouflard (Gilbert Dias, tp, Pierre Gossez, sax, Sylvio Gualda, dm) que lors de la séance Joue des inédits de Sidney Bechet d’André Réwéliotty avec Franco Manzecchi (dm) et un René Franc (cl) en grande forme (Vogue EPL 7678).

La séance de ses Hot Dogs faite un peu plus tôt, en novembre 1958 à Cachan, vaut tout spécialement pour Gérard Badini (cl) très inspiré, Jean Abush (g) et des arrangements pour section de cuivres (Marcel Bornstein, Rolf Bührer, William Hardy, tp, Raymond Fonsèque, tb). En décembre 1959, il apparaît à la télévision, au tuba et en trio avec Claude Bolling (p) et Léo Petit (bj). De septembre 1959 à 1960, il dirige depuis son tuba l’orchestre du Vieux Colombier. Il a notamment engagé Xavier Chambon (tp), François Guin (tb), Wani Hinder (cl) et Yannick Singéry (p). Le groupe laisse un disque (Plastisonor MIC 130). En 1960, au tuba, il joue dans l’historique High Society Jazz Band avec Pierre Atlan (cl), Martine Morel (p) et un personnage qu’il aime beaucoup, Pierre Merlin (cnt). Avec cette formation, il accompagne la chanteuse Billie Poole (vedette du Mars Club) pour une émission télévisée de Jean-Christophe Averty, il enregistre des 45 tours pour Mowgli Jospin (répertoire de King Oliver, CAT no2 & 5) et il accueille son idole Louis Armstrong le 5 décembre 1960 à l’Aérogare des Invalides (Louis arrive pour le tournage du film Paris-Blues).

Durant l’automne 1961, il passe au Casino d’Enghien avec son propre orchestre qui met en valeur un…washboard (Teddy Hocquemiller). Cette formation, augmentée de Pierre Braslavsky (ss), a fait un disque qui vaut aussi pour Jacques Chrétien (tp) et Jean Abush (g) (Hot Dogs, Swing-Land CD 0104).

En 1962, il initie les concerts pédagogiques où il illustre les styles, du ragtime au bop, à la tête de musiciens versatiles comme Ivan Jullien (tp), Francis Weiss (cl), Michel Attenoux (ss, as) et Philou Blot (b). En 1963-65, il écrit dans la revue Jazz Hot (rubrique Technique du Jazz), puis il tient la rubrique du Jazz Club de France dans la revue Jazz Magazine (1967-70). En 1966 aussi, il devient président du Jazz Club de France. Il lance un périodique, Le Jazz en France qui dure six mois.

Michel Klokchoff(p), Henri Boiron(b),RF, Charlie Leandre, JeanBernard Suplice, Jacques Bretandeau(tb), Trombones Incorporated, Drancy 1977, photo JP Breteche

De mars 1966 à fin 1969, il fait les programmes du Caveau de la Huchette où il propose un orchestre différent chaque soir, des vétérans (A. Gordon, M. Saury, M. Attenoux, le HSJB) et des jeunes (Haricots Rouges, Jazz-O-Maniacs, Sharkey). En fait Raymond Fonsèque s’intègre tout naturellement à ce que l’on appelle le «deuxième Revival français» (1966-75). Il a supervisé la première séance des Haricots Rouges le 2 mars 1964 (il remplace même Barda, débutant au trombone, dans «Tjinda Padamou», Ducretet 460V623), mais il se distingue surtout à la tête de ses propres formations qui notamment réhabilitent le ragtime et le brass band, et qui révèlent de jeunes talents.

En 1967-76, il accompagne régulièrement Bill Coleman. Il enregistre avec Benny Waters (1973) et surtout avec Bill Coleman (1969 et 1979, Petite Fleur Milan Jazz CD 873 121). Le disque Bill and the Boys fut salué par le critique respecté, Johnny Simmen. En 1969, il œuvre pour la musique de parade (le méconnu Pop Corn Brass Band). Il opte très tôt pour les animations de rues, notamment dans le cadre des festivals de jazz, selon des formules économiques comme les Three Dimensions (en 1974-75, avec Marie-Ange Martin, g-bj et Marc Renard, cl-ts). Il existe des enregistrements réalisés au Théâtre du Val de Gally à Villepreux où Raymond Fonsèque fait d’incroyables démonstrations d’euphonium passant du « registre trombone » à celui « de tuba » pour le meilleur effet (« Sweet Georgia Brown », « Work Song », etc). Il se produit stratégiquement avec des « guest stars » (avant la mode) comme Albert Nicholas, Michael Silva, Wallace Davenport (Caveau de la Huchette) et Cat Anderson. Il existe un disque avec Cat Anderson (1979, Ellington Moods, Milan Jazz 873 135) et des inédits (1978-79, « Ain’t Misbehavin’ », « Jungle Blues », etc). Mais surtout Raymond Fonsèque s’entoure de jeunes (Daniel Huck, Olivier Franc, Philippe Baudoin, Jacques Doudelle, en 1979-80). Raymond Fonsèque passe au Festival du Marais avec l’Anachronic Jazz Band (1980) et en 1981, il reçoit le Prix Sidney Bechet de l’Académie du Jazz. En 1984, au Festival de Montauban, il se produit avec son goupe, le Vieux Truc (ensemble qui venait de faire mais avec Irakli, le 26 juin 1984, une excellente séance : Swing-Land CD 0104) et ses stagiaires (Frank Jaccard, p, le signataire, tp). En 1986, le Vieux Truc devient le Fonsèque & Co (Michel Bonnet, tp).

Le métier et les big bands

Son expérience ne se limite pas au jazz traditionnel et au jazz moderne, Raymond Fonsèque est aussi demandé dans les grands orchestres de variété et big bands. En mars 1956, au Vel D’Hiv, il est dans l’éphémère big band dirigé par Moustache, aux côtés de Roger Guérin (lead tp), Bernard Hulin (tp), Claude Gousset et Luis Fuentes (tb).

En mai-juin 1956, il joue chez Jacques Hélian avec Luis Fuentes (tb), Guy Pedersen (b) et Kenny Clarke (dm). Il retourne chez Jacques Hélian en 1958 (avec Dizzy Reece, Pierre Dutour, tp, Bob Garcia, ts, Al Levitt, dm).

De septembre 1961 à juillet 1964, il est premier trombone chez Daniel Janin à l’Olympia (sa section comprend Marc Steckar et Emile Vilain). Il y joue les arrangements de Sy Oliver ou accompagne Edith Piaf, entre autres. A cette époque, Roger Guérin utilise le pupitre complet de trombones de l’Olympia de Raymond Fonsèque pour ses affaires au cinéma Marcadet (Fred Gérard est au pupitre des trompettes).

Raymond Fonsèque, pour un temps requin de studio, dirige et arrange les séances de Johnny Hallyday (1961-62). En juin 1962, il participe au Festival d’Antibes-Juan les Pins en tant que premier trombone du big band de Jacques Denjean. Sa section comprend François Guin, Michel Camicas et Marc Steckar, des musiciens rodés à jouer ensemble. Philippe Combelle est à la batterie. Raymond Fonsèque est avec Ivan Jullien l’arrangeur de l’orchestre qui laisse un disque remarqué (Polydor 25cm 45585). Raymond Fonsèque joue aussi pour Claude Bolling, notamment pour la télévision avec Brigitte Bardot en 1962. En 1963, il est chef d’orchestre pour la Rose d’Or de la Chanson, à la tête de musiciens comme Louis Laboucarié, Michel Poli (tp), Michel Portal (premier alto) et Peter Giger, le batteur de Claude Bolling. Cette année-là, Raymond Fonsèque est au nombre des musiciens français engagés en renfort pour une séance de Duke Ellington à la salle Wagram.

En 1963-65, il fait jouer ses arrangements par le big band de Paris-Charonne qui révèle entre autres Pierre Lamalle (tb), Tony Russo (tp) et Francis Cournet (ts). En 1965-69, il travaille au Lido et pae ailleurs, il se trouve à enregistrer pour Jef Gilson en compagnie de Woody Shaw, Sonny Grey, Nathan Davis et Michel Portal (1965)! Au début des années 1980, on le voit, comme remplaçant, à la télévision au sein du big band de Bob Quibel qui devient celui de Jean-Claude Naude pour le Festival de Jazz de Montauban (1984). Il y fréquente les Loulou Vezant, Maurice Thomas, Fred Gérard, Charles Verstraete, Georges Grenu, Pierre Gossez et autres. En 1984-85, il joue dans le Metronome Big Band de Roger Astruc. Fin 1984, il lance le Big Band de Paris. En 1993-95, il a dirigé l’Orchestre Régional de Jazz « 78-95 », alias Jazz Society, ex-Conflans Big Band. Cette formation jouait volontiers les arrangements de Sammy Nestico, une autre idole de Raymond Fonsèque. En août 2006, il s’illustre dans l’Orchestre de l’Olympia reconstitué (avec André Paquinet et Roger Guérin).

Pionnier des gros cuivres et des ensembles de cuivres

En 1952, l’Orchestre Michel Attenoux remporte le trophée à un tournoi de musiciens « amateurs » (sic). Raymond est lui-même sacré meilleur tromboniste, ce qui lui vaut un cadeau de la maison Selmer : un trombone basse petite-perce avec un piston au lieu du futur barillet. Raymond Fonsèque est en 1952, le premier à jouer du trombone-basse en jazz. Mais l’instrument ne sonne bien que dans le registre ténor. Puis à la fin de l’été 1952, il est le premier en France à tester le trombone « complet » Courtois en cuivre verni (appelé trombone basse) acheté 50.000 francs de l’époque. Cependant Michel Attenoux et Gérard Badini le poussent à revenir au trombone ténor car l’autre « n’est pas un instrument de jazz » ! Il achète d’occasion, un trombone « Super Swing » Courtois qu’il ne trouve pas fameux. Plus tard, Raymond vendra son trombone « complet » Courtois à Maître Bernard. En mars 1953, Raymond joue toujours pour Attenoux, mais le jour de relâche de l’orchestre, le lundi, il anime un quatuor de trombones. Il innove donc en jouant un soir par semaine en quatuor de trombones soutenu par André Persiani (p), Jean Baissat (b) et Roland Audinet (dm). Il avait réuni autour de lui Gaston « Balenglow » Biosca, Sandy Fall (ou Bernard Holzer) et Michel Netter. Bien sûr, il écrit les arrangements. A nouveau, Michel Attenoux et Gérard Badini lui demandent d’arrêter cette expérience. Cette fois, Raymond quitte Attenoux et monte un orchestre avec l’habituelle front-line, en plus du quatuor de trombones du lundi, pour se produire à son compte au Riverside. Raymond n’hésite pas à payer des publicités dans Jazz Hot et …dans le métro. En 1955-56, au Club Montpensier, il lance avec Luis Fuentes un duo de trombones dans le genre « Jay & Kai » d’une certaine notoriété à l’époque (J.J. Johnson-Kai Winding). En 1960, il remonte un quatuor de trombones, le T4, augmenté d’un sax ténor (Jean-Louis Chautemps) et d’un bugle (Bernard Vitet). Il a à ses côtés François Guin, Michel Camicas et Marc Steckar (puis Charles Orieux).

Pour Jean-Christophe Averty, et avant bien d’autres, il expérimente les grands ensembles de cuivres (1960). Ainsi, il enregistre un arrangement pour 15 tubas sur «Swanee River» avec Marcel Blanche à la batterie. Il est soliste à l’euphonium et emploie Charles Orieux, François Guin et des tubistes classiques. Il enregistre aussi son arrangement pour 16 trombones sur «A Hot Time» avec à ses côtés Charles Verstraete, Charles Huss, Jean-Marie Chauvel, Christian Guizien, Marc Steckar, François Guin et Charles Orieux! En fait Raymond innove en France en jouant dès cette époque de l’euphonium. En 1961 ce seront Huss, Chauvel, Orieux et Raymond aux coulisses de son quatuor de trombones. De 1961 à 1967, il poursuit son expérience en quatuor de trombones qu’il baptise cette fois Trombone Incorporated. François Guin prendra le relais avec les Four Bones.

En 1966, Raymond Fonsèque est classé premier au référendum de la revue Jazz Hot dans la catégorie trombone, devant Luis Fuentes, Claude Gousset et Michel Camicas. En 1976-84, il joue un trombone duplex Holton Superbone (coulisse et pistons), mais aussi du trombonium-euphonium comme lors d’une étonnante séance à trois (Fonsèque, avec Daniel Huck, as-cl et Dan Girard, bj, Cave du HCF, 21 mars 1978 : Swing-Land CD 01904). On retiendra l’introduction de Louis Armstrong sur «West End Blues» jouée par Fonsèque à l’euphonium! En 1983-84, son Jazz Club de France vendait ses arrangements pour ensemble de trombones et section rythmique (« Basin Street Blues », « Blue Monk », « Round About Midnight », « Savoy Blues », etc) qui doivent exister aujourd’hui encore dans les archives de Raymond. Fin 1987, il est en relation avec Jack Holland, inventeur d’un pitch finder (« exactement l’appareil qu’il eut fallu inventer s’il n’existait déjà, pour permettre aux instruments à pistons l’accès au procédé Fonsèque de Super Tempérament ») et il équipe ses embouchures d’un variateur Ferron. Début novembre 1987, il se met à travailler la trompette équipée d’un pitch finder avec une embouchure Bach 1 ¼ C munie du variateur Ferron. Le 19 mai 1992, il me demande une copie du Concerto pour trompette de Haydn !

Collaborateur de l’Association « Cuivres en France »

En janvier 1989, il achète un saxhorn baryton Courtois à système compensé. En 1990, il me succède comme trésorier de l’Association Cuivres en France (président Pierre Pollin). Il intègre le comité de rédaction de la Gazette des Cuivres et ainsi, avec Francine son épouse, il apprend à gérer une revue. Ce qui lui a permis ensuite de lancer cette fois avec succès sa propre revue Jazz Dixie/Swing (premier numéro le 15 novembre 1993). La Gazette des Cuivres no4, première série, lui consacre un portrait (1990, p8-9). En août 1990, il participe au Festival du Mont des Lyonnais. Ayant épaulé Pierre Dutot, je le fis inviter pour présenter son bugle à 4 pistons (réalisé par Pierre Hulot) et les doigtés factices qui vont avec (cf. Gazette des Cuivres n°6, 1990, p 15-20). A cette occasion, j’ai utilisé sa présence en invité de mon Trumpet Workshop pour « Stardust » (Fred Gérard, trompette solo), ce qui donna lieu à un de ses meilleurs solos (voir sur YouTube) : « cette formidable manifestation dont je conserverai le meilleur souvenir » nous écrira-t-il. Raymond Fonsèque aborde le nouveau millénaire dès le 2 février 2001 à Chatou en présentant son Bones’ Band (Benny Vasseur, Claude Gousset, François Guin et lui) accompagné par le trio rythmique Pierre Dieuzey. En 2008, Yves Rémy lui consacre une interview et un article sur le jeu à 11 positions sur le trombone complet (Gazette des Cuivres n°10, deuxième série, p18-21).

L’enseignant et le chercheur

En 1982, Raymond Fonsèque succède à Marc Steckar comme professeur dans les écoles de musique des Mureaux et de Conflans.
Dans les années 1990, retiré de ses fonctions d’enseignant, il ne cesse pas la pratique du trombone et du tuba : avec Fidgety Feet de Jean-Marie Hurel (Festival A Tout Vent du Havre, 1991), Fabrice Eulry Trio (Nuit du Ragtime, au tuba, 1993), les Four Bones (1994-9), Guy Laborie (en 1998, après son opération du coeur).

Victime d’un accident vasculaire cérébral en février 2009, Raymond Fonsèque rejoue du trombone en concert dès juin et s’achète même un superbe trombone King le mois suivant. Parallèlement au trombone, il pratique le piano qu’il jouait déjà lors du concert hommage à Hugues Panassié, le célèbre critique (Paris, 1975, Flame LP 1003-4).

Ses travaux sur le Super-tempérament

En 1967, il a découvert Expliquer l’Harmonie, un ouvrage de Jacques Chailley qui l’a mis sur la piste de Pythagore, Aristoxène, Zarlino, Mersenne, Rameau et Helmholtz. En 1982, il aboutit au livre Etude sur le mécanisme harmonique. En 1983, il découvre un système à 24 sons au lieu des 12 (du système bien tempéré) qu’il appelle le Super Tempérament. En février 1983, il dépose un brevet pour un clavier à 24 sons différenciés par octave. En novembre 1983, il fabrique le prototype. Ceci l’amène aussi à créer des instruments à vent tels qu’un trombone à pistons compensés avec trigger (avec Pierre Hulot). En 1986, il a présenté son Super Tempérament à la Faculté des Sciences de Paris et, l’année suivante, à la 118ème réunion du Groupe d’Acoustique Musicale. En janvier 1989, il construit un clavecin tétraeicosatonique (Martial Solal prit une option pour l’un de ces premiers instruments). En mars 1989, il expose à Musicora. Le 21 mai 1991, il donne une conférence sur la justesse au Conservatoire à La Villette. Mais ses découvertes impliquent une remise en cause et un réapprentissage qui empêchent sans doute, pour l’heure, qu’elles s’imposent. Il s’est battu jusqu’à la fin pour cette justesse au comma près.

Raymond Fonsèque, victime d’une fracture du col du fémur, a surpris tout le monde en s’éteignant brutalement le matin du 19 novembre 2011, laissant derrière lui une contribution plus que substantielle aux mondes du jazz, des cuivres et de l’harmonie musicale. Raymond Fonsèque a eu des obsèques en musique le vendredi 25 novembre en l’église de Chéronvilliers, petite commune qui l’a accueilli en 1995. Sans doute d’un tempérament fort, voir provocateur, Raymond Fonsèque ne pouvait laisser indifférent. Son absence dans les milieux musicaux laisse un grand vide.

Michel Laplace
(source : Trompette, Cuivres & XXe Siècle, CD-Rom de Michel Laplace, 2008).

Photos : Collection Michel Laplace

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